Auteur : Jean Kudela

 

1.1. Cadre général introductif

1.1.1. Quel est le premier texte traduit ?

Le Nouveau Testament traduit par Mikławš Jakubica. Mais le premier ouvrage publié date de 1574 ; il s’agit d’un catéchisme luthérien assorti d’un agenda religieux, de psaumes et de cantiques édité à Bautzen par Albin Moller chez l’imprimeur Michał Wolrab. Signalons que la bibliothèque de l’INALCO a la chance de posséder un exemplaire de l’édition originale de cet ouvrage.

1.1.2. À quelle époque commence-t-on à traduire les textes religieux dans votre langue ?

1548.

1.1.3. Date de la première traduction intégrale de la Bible ?

1728.

 

1.2. La pratique de la traduction

Qui traduit ?

Des prêtres bilingues (sorabe et allemand).

1.2.1. Qui sont les traducteurs (formation, langue maternelle, statut social, quelles sont leurs conditions de travail ? sont-ils reconnus en tant que traducteurs, s’agit-il de leur activité principale ? etc.) ?

Il s’agit de pasteurs de villages de langue maternelle bas-sorabe et de curés de langue maternelle haut-sorabe. Ils traduisent à des fins d’édification en direction des fidèles devant lesquels ils prêchent en sorabe ; c’est donc au départ une activité complémentaire et bénévole qui ne leur vaut de la part des autorités (allemandes) aucune reconnaissance particulière. Se faire éditer reste la plupart du temps un problème. Deux exemples :

— le Nouveau Testament de Mikłaš Jakubica ne fut publié qu’en… 1967 !

— la traduction de Michał Frencel, terminée en 1670, ne fut éditée, au lendemain de sa mort, qu’en 1706 grâce à l’intervention des Piétistes allemands auprès des États de Lusace.

<pQue traduit-on ?

1.2.2. Quels types de textes religieux traduit-on ?

Le Nouveau Testament, des catéchismes, des psaumes, des cantiques.

1.2.3. Traduit-on à la même époque des textes profanes ?

Non, il n’y a pas encore de lectorat, la masse des Sorabes étant constituée de paysans serfs analphabètes n’ayant accès qu’à une culture transmise oralement.

Comment traduit-on ?

1.2.4. À partir de quel texte-source ?

À partir de textes latins ou allemands.

1.2.5. De quelle(s) langue(s) traduit-on ?

Du latin et de l’allemand.

1.2.6. Passe-t-on par une langue relais ?

Oui, cela arrive pour les textes luthériens, et l’on peut s’aider du tchèque, lorsque les mêmes textes existent dans cette langue.

1.2.7. Si oui, celle-ci est-elle orale ou écrite ?

Écrites.

1.2.8. Les traducteurs privilégient-ils un mode de traduire littéral pour les textes religieux ?

Étant donné le but de ces traductions, la fidélité au message spirituel véhiculé reste la règle.

1.2.9. Comment justifient-ils leur pratique ?

Ils ne semblent pas se poser la question.

1.2.10. Si on traduit aussi des textes profanes à la même époque, a-t-on le même mode de traduire ?

Il faudra attendre la seconde moitié du XVIIIe siècle pour voir les premières traductions des textes profanes.

 

1.3. Le rôle culturel de la traduction

La traduction et la langue

1.3.1. Statut de la langue écrite à l’époque (existe-t-il une norme unique pour cette langue ? coexistence éventuelle avec d’autres langues ?)

La langue sorabe n’a alors aucun statut, et c’est justement un problème majeur, car en l’absence d’un état ou d’une administration sorabe, même locale, et en raison du cloisonnement des régions, les dialectes foisonnent ; par ailleurs, il y a déjà deux langues attestées : le haut et le bas-sorabe. La cœxistence avec l’allemand est, évidemment permanente.

1.3.2. Quel est le rôle de ces traductions dans le développement de la langue littéraire ?

D’une part, elles ont manifesté la vitalité et les capacités d’une langue dont on mettait en doute, ou même niait carrément, l’existence ou l’utilité, d’autre part elles ont jeté les bases de deux futures langues littéraires en mettant au point des graphies appropriées à des langues slaves et en créant un lexique qui n’existait pas dans les langues parlées.

1.3.3. Quelles sont les grandes phases de retraduction des textes sacrés en fonction de l’évolution de la langue ?

La première moitié du XVIIIe siècle, sous l’influence directe du Piétisme.

La traduction et la société

1.3.4. Qui sont les commanditaires ? Les destinataires ?

Les commanditaires peuvent être, selon le cas, les États de Lusace, le bailli (représentant de l’Empereur) ou l’initiative de l’auteur. Les destinataires, une élite de clercs susceptibles d’utiliser les textes pour leurs services religieux et prédications.

1.3.5. Diffusion des traductions (mode de reproduction, ampleur de la diffusion) ?

La diffusion des exemplaires imprimés est nécessairement restreinte, en raison du nombre limité des utilisateurs. Large utilisation orale dans l’activité religieuse des prêtres.

1.3.6. Réception critique éventuelle, débats suscités par les traductions ?

1.3.7. Des retraductions interviennent-elles pour des raisons idéologiques et/ou religieuses ?

Il y aura les traductions catholiques à partir de la Vulgate et des textes de la Contre-Réforme et des traductions protestantes à partir de Luther ou de la Bible tchèque de Kralice.